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Côte d’Ivoire -Cameroun : Y’a quoi même ? – Vincent Toh-Bi Irié.

ByAssi Nestor

Fév 12, 2022

J’ai plongé la tête dans mes occupations personnelles dans le cadre de la promotions de mes nouveaux livres .

Au bout de 48 heures, quand je suis sorti de mon hibernation, j’ai entendu des canons tonner . L’air était chargé d’électricité. Les balles sifflaient de toutes parts. Les haches et les flèches volaient. Et tout cela en virtuel. Mais en réel , je voyais des attroupements devant les télévisions et dans les rues avec des propos véhéments. Quand je me suis renseigné, on m’a répondu qu’une guerre larvée sur fond de CAN avait commencé entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire . Depuis quand ? Pourquoi et comment ? 

Décidément les choses vont vite . Je suis retourné sur les réseaux sociaux Ivoiriens et Camerounais , c’était de vraies guerres de tranchées avec tous les coups permis . J’ai appelé quelques amis du côté Ivoirien et du côté Camerounais. Manque de pot pour moi, eux aussi étaient enrôlés comme soldats dans cette guerre féroce . Impossible de négocier un traité de paix ou à défaut un cessez-le-feu temporaire pour laisser place à la négociation. 

La passion a volé les esprits des deux camps . Y en a de part et d’autre qui étaient même prêts à se faire exploser en kamikazes pour sauver l’honneur bafoué de leur Patrie. La Patrie….

Ces deux pays frères n’en ont pas fini de se prouver leur Amour mutuel … en se haïssant royalement, surtout pendant les événements sportifs . 

À y réfléchir, ça fait longtemps que ces empoignades sportives entre ces deux pays ont cours . Je me rappelle une histoire que m’avait racontée un pilote ivoirien qui avait accompagné une équipe ivoirienne de football il y a environ 40 ans à Yaoundé (l’ASEC ou l’AFRICA) . Ça s’était mal passé. Ils avaient quitté la ville en toute hâte sous fes chants hostiles de : « Ivoiriens, vauriens, voient rien » .

Je me rappelle également que mon ami Kodia et moi nous avions failli en venir aux mains avec un ami Camerounais qui était tellement heureux de notre défaite en finale de la CAN 2006 devant…l’Egypte… aux tirs au but (encore). Il avait revêtu le maillot rouge égyptien pour aller fêter notre défaite dans un bar où nous étions venus nous consoler. C’était à Kinshasa et le quidam se reconnaîtra s’il lit ces écrits . 

Je me rappelle avoir dit à ce Monsieur : « Tu te rappelles la Tragédie du Lac Nyos? ». Depuis ce drame qui m’avait profondément ému quand j’étais élève, j’ai toujours eu l’impression que la Côte d’Ivoire et le Cameroun n’étaient qu’un même pays avec deux noms différents. Je ne comprenais donc pas que mon frère se réjouisse de notre malheur.

Le Lac Nyos avait libéré des gaz toxiques et des centaines de personnes étaient décédées, on parlait même de 1.500 personnes décédées. Nos enseignants étaient passés dans toutes les classes pour nous informer que nos frères du Cameroun avaient connu un malheur. Nous avions pleuré, dans notre innocence enfantine. Le Président Houphouet-Boigny avait fait décaisser quelques millards pour aider les rescapés de cette intoxication et toute la population ivoirienne avait été appelée à faire preuve de solidarité. Tout le monde a été mis à contribution et nous , élèves, avions mis dans la cotisation, avec bon cœur, notre argent réservé au goûter de récréation, nos seules épargnes .

Depuis lors , j’avais intégré dans mon esprit que le Cameroun et nous, nous n’étions qu’un seul et même pays . D’ailleurs pendant longtemps, les pays de l’Afrique Centrale avaient considéré le Cameroun comme un pays de l’Afrique de l’Ouest , renforçant notre solidarité.

Mais cette fois à la CAN 2022, les choses sont allées trop loin de part et d’autre. Des Ivoiriens et des Camerounais ont franchi des limites mettant à mal notre fraternité congénitale.

Je tire cependant 3 enseignements de cette tension sportive :

1-la puissance de Facebook: aucune télévision, aucune radio, aucun journal n’a attisé la tension mais Facebook s’est chargée de la déclaration de guerre. Aux gouvernants et aux responsables qui négligent encore cette source d’information, ils ont tort . Facebook peut provoquer la guerre si les réactions ne sont pas faites avec modération. Pareillement, Facebook peut favoriser le développement et le rapprochement des peuples . Les gouvernants qui continuent de ne se contenter que de la radio , de la télévision et du journal d’Etat pour passer des informations utiles ou sensibiliser risquent de se faire surprendre par le tourbillon des événements.

2-le sentiment national : on ne joue pas avec le sentiment national. Vous pouvez moquez un peuple, le railler , le snober mais ne jouez jamais avec ses symboles car vous réveillerez l’irraison, c’est à dire le seuil de la raison où l’intelligence ne sert plus à rien . L’hymne national, le drapeau, l’identité d’un pays sont sacrés , on n’y touche jamais, même lorsqu’on a gagné une guerre , car les conséquences restent irréparables pendant des des décennies ou des siècles. Les esprits ne s’en remettent pas. C’est pourquoi les gouvernants doivent toujours encadrer leurs peuples et minimiser des réactions populaires.

3- la manipulation du sentiment nationaliste : certains politiciens sont tellement conscients de l’extrême sensibilité des peuples à leur identité nationale qu’ils exhibent la menace de l’étouffement du patriotisme chaque fois qu’ils sont en difficulté logique, car ils bénéficient ainsi du soutien aveugle d’une population profondément attachée au respect de l’intégrité de leur pays .

Donc Ivoiriens et Camerounais , demandons-nous mutuellement pardon ,on va quitter dans ça !! Faisons notre compétition dans des choses essentielles.

En haut là bas, dans l’autre partie du monde , les gens se font la concurrence pour savoir qui a le meilleur niveau de développement, les meilleures découvertes scientifiques, la plus belle culture, le meilleur indice de bonheur. Nous Ivoiriens et Camerounais, des jumeaux, on fait palabre qui sait le mieux insulter son frère . On devrait avoir honte…

APR NEWS/ Assayie.net