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JUSTIN KATINAN KONÉ À PROPOS DE LA FERMETURE DES FRONTIERES TERRESTRES DANS L’ESPACE CEDEAO : CYNISME OU MANQUE DE LEADERSHIP ?

ByAssi Nestor

Mar 19, 2021

Cela fait plus d’un an que, sous le prétexte de la lutte contre la pandémie de la Covid-19, les frontières terrestres entre les pays membres de l’espace CEDEAO sont officiellement fermées. Il en résulte que les déplacements des personnes par voie terrestre sont interdits dans cet espace pourtant fondé sur le principe de la libre circulation des personnes et des biens. En revanche, les frontières aériennes et maritimes sont ouvertes. Un an après la décision de blocus terrestre que les gouvernants ont imposé à leurs citoyens, ceux-ci ont besoin au moins que l’on leur fasse le bilan d’une telle mesure en termes de son impact sur la maîtrise de la pandémie surtout que la mesure continue de leur être imposée. Or, à l’évidence, le bilan sera très difficile sinon quasiment impossible à établir.

En effet, tout bilan est d’abord une comparaison entre des données de départ (input) et des données d’arrivée (output) pour une période prédéterminée. En l’occurrence, il aurait été juste d’établir, par des données épidémiologiques, que les mouvements transfrontaliers des populations de l’espace communautaire constituaient en eux-mêmes un médium avéré de transmission de la Covid-19. Or cette étude préalable n’a pas été faite. La décision de fermeture desdites frontières a été prise par chaque Etat, sans aucune coordination, tout simplement par mimétisme de ce qui se faisait ailleurs.

A supposer que les dirigeants, affolés par une propagande inexplicable qui condamnait l’Afrique à une hécatombe, aient pris cette décision comme ils en ont pris d’autres de très discutables, les données scientifiques après un an d’observation indiquent clairement le contraire des prévisions apocalyptiques de début de la pandémie. En tout cas, le Continent africain est le moins touché par la pandémie du Covid-19. Dès lors, l’interrogation demeure entière. Pourquoi continue-t-on de maintenir ces frontières fermées tout en tuant tout un pan de l’économie de subsistance des populations les plus fragiles. Les statistiques sur les échanges intracommunautaires sont sans ambiguïté quant à la part prépondérante du micro-commerce dans lesdits échanges.

Les importations intracommunautaires ne représentent que 5% des importations de l’ensemble de l’espace CEDEAO. Les institutionnels (Etats, entreprises du secteur formel) représentent à peine 30% des acteurs des échanges commerciaux intracommunautaires. Plus de 70% des autres acteurs sont les petits commerçants qui ne peuvent se donner le luxe d’importer leurs marchandises par voie aérienne ou par voie maritime ou même d’aller d’un pays à un autre, pour les besoins de leur commerce, par avion. Encore faut-il avoir un réseau maritime et/ou aérien suffisamment dense pour faciliter, en termes de coût et de fréquence, la desserte des pays de l’espace commun.

Le transport aérien intracommunautaire est l’un des plus cher au monde. Joindre Cotonou à partir d’Accra est par exemple plus cher que voyager d’Accra à Dubaï. Le chiffre de 70% ci-dessus mentionné va bien au-delà de 90 % pour des pays comme le Bénin, le Togo etc. dont les populations tirent profit de leur voisinage avec des pays à des économies relativement fortes comparées aux leurs. C’est la même proportion que l’on trouve dans tous les pays au niveau des populations les plus proches des frontières. En effet, il existe une véritable économie frontalière développée de part et d’autre des frontières par les populations riveraines. Ce sont toutes autant de victimes directes d’une approche mondialiste de la lutte contre la pandémie de la covid-19 adoptée sans différenciation par les Etats africains.

Choisir entre une mort certaine par la faim et une hypothétique mort par un virus, ces populations ont vite établi leur choix. Elles bravent les mesures d’interdiction de franchir les frontières terrestres. Leur bravoure trouve échos chez les gardiens desdites frontières, qui à leur tour piétinent les décisions des gouvernements dont ils sont chargés de veiller à l’application. Entre ces deux acteurs s’établit une complicité sans faille pour ouvrir et entretenir des couloirs transfrontaliers illégaux. Jamais les forces de l’ordre et les fonctionnaires des douanes n’ont été aussi heureux que pendant cette période à la fois d’interdiction officielle et de permission officieuse. Une enquête réalisée par une ONG togolaise sur les couloirs transfrontaliers de la corruption ne fait que confirmer ce que relève du secret de Polichinelle. Il existe bien une économie souterraine de la Covid-19 qui s’est développée dans l’espace communautaire. Elle est alimentée par la corruption et l’escroquerie à la fois institutionnelle et non institutionnelle.

Les frontières terrestres réputées hermétiquement closes s’ouvrent pourtant facilement à coups de FCFA ou de Naira. Dans ces frontières, les billets de banques remplacent tous les tests de la Covid-19 imposés aux frontières aériennes et les autres documents de santé requis des voyageurs internationaux tels que le carnet jaune. Finalement, l’ironie veut que les mesures prises pour combattre la Covid-19 soient celles-là mêmes qui en favorisent la propagation. Le danger ne s’arrête là. L’espace CEDEAO est en confrontation directe avec le djihadisme réel ou prétexté qui ambitionne de s’étendre jusqu’aux côtes maritimes. Comment peut-on prétendre se battre contre un tel fléau lorsque les frontières terrestres réputées fermées s’ouvrent facilement à coup de billets de banque. Le trafic à nos frontières étant devenu clandestin, on en déduit qu’il s’opère en dehors de tout contrôle puisque les frontières sont justement déclarées closes. Autant dire que ce sont des autoroutes pour les mouvements djihadistes et toutes les autres formes de trafics illégaux qui leur sont intimement liés.

Mais l’escroquerie ne s’arrête pas seulement aux frontières terrestres. Jusqu’à une date récente, les ressortissants de la CEDEAO y compris ses propres nationaux devraient débourser 150 $ payables en avance pour pouvoir franchir les frontières aériennes du Ghana nonobstant la présentation de résultats négatifs d’un test PCR effectué dans le pays de départ.

Devant les critiques, le gouvernement a consenti un abattement sur ce nouvel « impôt sur voyage ». Le voyageur citoyen d’un Etat membre de la CEDEAO paie néanmoins 100$ pour avoir accès au territoire ghanéen après avoir fait un nouveau test sur place. La pratique semble s’étendre aux autres pays. La question que l’on se pose est la suivante : pourquoi la CEDEAO, qui est l’espace sous-régional le plus intégré en Afrique, n’a-t-elle pas su mettre en place un mécanisme régional pour étudier et harmoniser les mesures de gestions de la crise de la Covid-19 aux frontières au point de laisser les gouvernements contrôler les libertés des peuples en violant les règles communautaires qu’ils se sont eux-mêmes données ? La réponse se trouve dans la déconnection des peuples par rapports aux institutions de la CEDEAO. La CEDEAO reste encore une réalité trop lointaine des populations qui sont tenues dans l’ignorance absolue. Les gouvernants n’ont pas l’exclusivité de la responsabilité même s’ils en portent une part prépondérante.

La classe politique dans son ensemble et la société civile ont leur part de responsabilité dans la mise à l’écart des populations dans le processus d’intégration. Il n’existe, à ce jour, aucun parti ou groupement politique dont l’organisation transcende les pays. Or ce sont eux les principaux encadreurs des masses populaires. L’exemple du RDA est pourtant très édifiant pour faire comprendre la nécessité d’un mouvement politique fédérateur au niveau de la sous-région pour faire face aux nombreux défis qui se dressent sur le chemin du développement intégré. La situation est identique au niveau de la société civile dont les organisations dépendent pour leur fonctionnement essentiellement de l’extérieur. La segmentation de la conscience populaire dans des espaces nationaux rend difficile une prise en main transnationale des questions communautaires.

Au bout de compte, les populations se retrouvent devant des gouvernements corrompus, de plus en plus établis par décisions de justice contestables que par le vote populaire des citoyens, qui leur imposent des décisions contraignantes sans qu’elles ne soient associées aux différentes étapes de prise desdites décisions. En absence de contrepoids au niveau des oppositions politiques ayant un rayon d’action ou de concertation sous-régional, les populations se résignent et s’en remettent à leurs prières quotidiennes.

Justin Katinan KONE.

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