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Le Collectif des Jeunes cadres du Tchologo dit  » NON !  » au projet de création d’une Union du Grand Nord.

ByAssi Nestor

Oct 12, 2021

Le Collectif des jeunes cadres du Tchologo (nord de la Côte d’Ivoire) se désolidarise de la création de l’ UGN et suspecte Gilbert Kazana Koné de visée communautarisme, voire de répli identitaire. Une dénonciation exprimée au travers une déclaration sans équivoque.

À Monsieur Kafana Gilbert KONÉ

A votre appel pour la réunion du jeudi 7 octobre 2021 dont l’ordre du jour portait sur les dispositions pratiques pour l’Assemblée générale constitutive de l’Union des Élus et Cadres du Grand Nord (UGN), mon bureau m’a désigné pour y prendre part. C’est avec attention que je vous ai écouté. J’ai suivi le déroulement des débats et j’en suis sorti choqué et traumatisé.

Aussitôt, j’ai réuni le bureau de notre association pour en faire un compte rendu détaillé. Après des débats pertinents, il me revient la lourde tâche de vous rendre compte de la position qui est la nôtre ici dans la région du Tchologo.

Je tiens à préciser que le vote qui a sanctionné les débats a été adopté presque à l’unanimité, à l’exception de deux abstentions.

Monsieur Kafana Gilbert KONÉ, nous estimons, nous jeunes cadres du Tchologo, que cette initiative est mal venue et malheureuse en ce qu’elle contrevient à la Constitution et à notre conception du vivre ensemble.

Prendre une telle posture en 2021 n’est rien d’autre que du communautarisme qui ne peut aboutir qu’à la résurgence de la haine, l’ivoirité d’un genre nouveau, la division et éventuellement de la guerre dans le pays.

Après les crises successives vécues suite à la charte du Grand Nord qui semble-t-il a été initiée par le Président Alassane Ouattara dans les années 90, il nous apparaît inconséquent et irresponsable de répéter les erreurs du passé.

Si l’objectif est de ressusciter le défunt RDR, il faut avouer que la réflexion à cet effet est impertinente, dangereuse, voire séditieuse dans une république. Cela devient intolérable, quand par des confidences nous avons su que la convocation de cette réunion est une instruction ferme du Président de la République lui-même pourtant garant de l’unité nationale.

Pour nous, jeunes cadres de la région du Tchologo, c’est un parjure que nous tenons à dénoncer publiquement pour que les autres régions de la Côte d’Ivoire sachent et soient témoins que nous ne nous associerons plus jamais à une telle entreprise à relents sécessionnistes.

Si pendant des décennies, le Président Alassane Ouattara a réussi à manipuler les filles et fils du Nord pour le porter au pouvoir, il doit réaliser aujourd’hui qu’avec la prégnance des réseaux sociaux, les jeunes générations de cadres que nous sommes avons vaincu l’obscurantisme et les contrevaleurs et autres propagandes qui ont été véhiculés dans nos villages et villes du Nord.

A supposé par extraordinaire qu’une telle démarche ait un tant soit peu été sincère, la fraternité et l’union, il faut le reconnaitre n’existent pas dans le Tchologo. Comment parler de fraternité et d’union dans notre région quand de 1960 jusqu’à ce jour, c’est la première fois qu’un de nos fils, cadre lui aussi, ancien député, ancien ministre, ancien premier ministre, ancien président de l’Assemblée nationale à savoir Monsieur Soro Kigbafori Guillaume, ait été victime d’une traque abominable et acharnée par le Président Alassane Ouattara, lui qui est de Kong, donc de la région du Tchologo, qui a procédé par la manipulation de la justice à le contraindre à l’exil et à le condamner à perpétuité. Un président de la république peut-il raisonnablement vouer une telle haine mortelle à un citoyen ivoirien à fortiori à un fils de la même région ? Quelle que soit la faute, ces condamnations sont-elles justifiées ou propices ? Au passage, nous signalons que les anciens Présidents de la Côte d’Ivoire ne se sont pas laissés aller à de telles extrémités avec ce fils du Tchologo.

Peut-on vraiment faire une union du grand Nord quand les filles et fils de cette partie de la Côte d’Ivoire ont été les plus martyrisés et ce de façon inouïe.

Nous associer au projet scandaleux que vous offrez serait trahir la mémoire de nos ancêtres et contrevenir à la tradition du peuple senoufo tout entier. Ce fardeau, nous refusons par dignité et au nom de l’honneur de le porter.

Pour des jeunes cadres comme nous, nous aurions mieux voulu percevoir en la personne du Président de la République un homme de paix, de conciliation, d’union, de bâtisseur de la Nation ivoirienne, dans le droit fil de celui qui en fut l’initiateur, feu le Président Félix Houphouët-Boigny qui, rappelons-le, fut adopté par le peuple senoufo et qui en fit leur député bien que baoulé. Pourquoi le Président Ouattara veut opposer les Ivoiriens ? Que gagne-t-il à ce jeu mortel ?

Au surplus, dans ce 21ème siècle où les populations sont entremêlées, où les peuples de Côte d’Ivoire sont unis par divers liens du mariage, comment est-il imaginable qu’on fasse la promotion dans une république du repli communautaire et régionaliste pour ne pas dire identitaire. Cela, nous ne l’acceptons pas parce que parmi nous les jeunes cadres du Nord, le métissage ethnique par lien de mariage est aujourd’hui une réalité.

Monsieur Kafana Gilbert Koné, autant vous dire notre grande déception suite à cette réunion inappropriée et indécente. Nous avons décidé de vaincre la peur de la mort, la peur de la prison, pour assumer pour les générations futures une position qui ouvre la voie à la construction d’une nation solide et belle, où il fera bon vivre que nous soyons du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest ou du Centre.

De notre point de vue, c’est ainsi que nous pourrons bâtir une société moderne capable de compter dans le concert des grandes nations.

Je le redis, le Collectif des Jeunes Cadres de la région du Tchologo s’oppose fermement à cette initiative et vous signifie par cela que nous ne participerons à aucune autre réunion de cette nature.

Conscient du risque que nous courrons par cette déclaration que nous avons décidé de rendre publique, en tant que président du Collectif, j’ai décidé d’en porter la responsabilité. Dans cette Côte d’Ivoire répressive, je ne serais pas surpris d’être l’objet de menaces de mort et de harcèlement.

Aussi, pour vous rendre la tâche facile, j’ai décidé en mon âme et conscience de vous donner mes contacts téléphoniques pour que s’il advenait que votre décision soit de me condamner, mon numéro de téléphone soit disponible pour le directeur du centre pénitencier d’Abidjan où je suis prêt à me rendre volontiers pour me constituer prisonnier. Pour le fils natif authentique du Tchologo que je suis, je préfère la prison au déshonneur.

Au nom du Bureau du Collectif des Jeunes Cadres de la région du Tchologo

SILUÉ Kidou Bernadin.
Jeune cadre de la Région du Tchologo.

Assi Nestor/Assayie.net